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Prenez des branches d’arbres récemment coupées, passez-les au broyeur, vous obtiendrez des Bois Raméaux Fragmentés, plus connus dans les milieux autorisés sous le doux sigle de BRF. Si le produit ne vous paraît pas inconnu, son utilisation en masse dans le jardin, associée à un mode de culture plutôt frustre, va transformer votre terrain appauvri en Eldorado bio !

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Si l’emploi de bois déchiqueté n’est pas rare en paillage, il a fallu la perspicacité d’agronomes québécois pour découvrir que les jeunes rameaux broyés, employés dans des conditions précises, étaient une manne pour le sol. La matière première est constituée de jeunes branches de feuillus dont le diamètre n’excède pas sept centimètres. Elles sont broyées fraîches et épandues le plus rapidement possible sur le sol. L’utilisation des BRF nécessite une méthode de culture qui fait table rase des habitudes du jardinier. Retourner son terrain n’est plus nécessaire. Les BRF sont apportés en couche épaisse de dix centimètres, l’objectif étant de transformer votre jardin en une véritable litière forestière. La grande quantité de bois fragmenté apportée est garante d’une amélioration rapide. Les jeunes branches sont gorgées d’éléments nutritifs solubles et composés de lignine : un vrai cocktail bio.

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Cette litière fourmille de vie
Ce sont les êtres vivants du sol : bactéries, champignons, vers et autres invertébrés, qui vont opérer la dégradation et l’assimilation dans la terre. La grande nouveauté de cette technique est de reconnaître le rôle primordial que vont avoir les champignons dans la transformation des BRF ; ceux-ci digèrent le bois en faisant ainsi une matière utilisable par les bactéries et les petits organismes. Les vers de terre se chargent d’ensevelir la matière organique dans le sol dont les premiers centimètres vont brunir en quelques années seulement, plus rapidement qu’avec un amendement régulier en compost. La forêt suit le même processus en plusieurs décennies.

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Un bouquet d’effets positifs
Les champignons sécrètent des antibiotiques et des fongicides qui détruisent les spores des maladies des plantes. Résultat : les cultures deviennent plus résistantes. L’épaisseur de ce paillage nutritif évite de nombreux arrosages. Le sol n’est plus jamais nu. Les herbes ont plus de mal à pousser et s’arrachent facilement. Les nutriments contenus dans les jeunes branches sont disponibles rapidement pour vos cultures. Il n’est plus besoin d’engraisser son sol avec d’autres produits, sauf la première année où les champignons monopolisent l’azote du substrat pour s’installer et commencer leur travail. Les légumes et les fleurs vont subir une « faim » d’azote que vous compenserez par un large apport de compost. Toute la vie du sol de votre jardin sera dynamisée.

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Modifier ses habitudes jardinières
S’il est aisé d’écarter les BRF pour faire remonter un peu de terre et repiquer des plantes, le semis à travers cet entrelacs de morceaux de bois est plus délicat, surtout avec des petites graines. Vous pouvez créer des sillons et mélanger la terre et les BRF sur ces lignes, ou alors utiliser un compost bien mûr pour créer des zones « praticables ». Vous serez surpris de voir se développer les racines de vos cultures dans ce substrat qui peut vous paraître de prime abord inadapté.
En fin de saison, les agents biologiques auront transformé une grande quantité du bois qui sera déjà intégrée au sol. Profitez de l’hiver pour refaire le plein de rameaux, mais sachez que pour obtenir dix bons centimètres de matière fragmentée, il vous faudra une quantité énorme de branches. En ville, vous pourrez essayer de récupérer les chutes de tailles des espaces verts ou de vos voisins ; à la campagne, essayez de vous arranger avec des bûcherons. Si vous avez la chance d’avoir un grand terrain avec une haie de feuillus, vous pourrez la tailler afin de produire votre matière première ou entamer la culture d’arbres destinés à la production de BRF ; le bois de chêne fournissant les rameaux les plus riches, il faudra raisonner vos plantations sur de longues années.

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« Aggrader » la terre
Côté matériel, les petits modèles de broyeurs électriques ne suffiront pas à fragmenter rapidement et efficacement les branches dont vous aurez besoin. Il faudra investir dans un appareil solide, électrique ou à essence. Envisagez cet investissement non négligeable à plusieurs, la production de BRF s’étale sur la fin de l’hiver et le début du printemps et supporte très bien l’échange de service. Reste l’apparition timide de professionnels de l’élagage ou du jardinage qui se lancent dans la production de cette ressource précieuse.
L’emploi du bois raméal fragmenté est sans conteste une méthode révolutionnaire, aussi bien pour le jardinier que pour l’agriculteur. L’efficacité de son action s’est traduite par l’invention du mot « aggrader », contraire de dégrader, pour définir son effet régénérateur sur les sols abîmés depuis de longues années par des méthodes de culture chimique et peu respectueuses de la biodiversité. Son essor va aussi de pair avec le développement des arbres qui peuvent fournir par rotation les jeunes rameaux ; on s’oriente vers le retour de haies de type bocage avec leurs arbres têtards. On imagine aussi le développement de réseaux économiques et sociaux autour de la production des BRF qui ont également un rôle à jouer dans le tiers-monde. Votons donc pour le BRF !