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Si vous cultivez votre jardin depuis quelque temps déjà, vous avez certainement assisté à la disparition de variétés potagères que vous appréciez particulièrement. Le prix des semences vous a paru indexé sur celui du baril de pétrole. Ou bien vous aimeriez retrouver, l’an prochain, une plante qui vous a donné satisfaction. Alors, essayez de récolter vos graines !

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L’homme, devenu agriculteur, s’est mis à perpétuer ses cultures en conservant d’une année à l’autre les précieuses semences qu’il avait sélectionnées puis ramassées. Ce geste, de tri et de conservation, répété pendant des milliers d’années, a favorisé une fabuleuse biodiversité, non plus façonnée par la nature, mais par les mains des paysans. Puis la révolution de la culture industrialisée a concentré la reproduction des semences végétales dans les mains de quelques entreprises. Des noms de variétés légumières qu’on entendait enfant ont disparu au profit de nouvelles espèces qui devaient rendre le jardin plus productif, bien souvent au détriment de la saveur. Comme si votre lopin de terre devait nourrir le reste de la planète.

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Jardinier sélectionneur
Quelques boîtes, un coin de placard et un peu de patience peuvent vous permettre de devenir le conservateur des légumes que vous aurez sélectionnés. Un pied de tomate qui a résisté au mildiou alors que les autres n’ont même pas connu la fin de l’été ? Des bettes à feuilles colorées, des haricots savoureux, des salades craquantes, un tournesol géant, un pois cultivé par le grand-père ? Les raisons de sélectionner et de conserver vos graines de plantes sont multiples. Quand vous déciderez de garder les semences d’une plante, vous choisirez les individus les plus sains, les plus résistants, les plus beaux.
Aller jusqu’au bout du cycle végétatif
Les plantes annuelles sont souvent faciles à reproduire. Il suffit de réserver une partie d’un rang de haricots, de radis ou de laitues et de laisser les plantes monter, de ramasser les gousses ou les siliques séchées, de surveiller les graines ailées pour les prendre avant que le vent ne les dissémine. La règle étant d’avoir des graines le plus sèches possible, et de les débarrasser des enveloppes qui les protégeaient.

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Les plantes à fruits charnus doivent être cueillies à pleine maturité ; il faut extraire les graines, les débarrasser des parties humides et les laisser sécher à plat. Les graines de tomates sont entourées d’une pellicule gélatineuse que vous ferez disparaître en les laissant mariner dans leur jus, au fond d’un verre, pendant quelques jours. La fermentation fera disparaître cette enveloppe, il suffira alors de faire sécher les graines sur une feuille de papier.
Les bisannuelles vous demanderont plus de patience, et monopoliseront une partie de votre jardin plus longtemps. Il faut, en effet, qu’elles subissent le froid hivernal avant de fleurir et de fructifier à la fin du printemps suivant. Il faudra donc organiser votre jardin pour réserver une bordure aux carottes, panais, persils, bettes et betteraves…

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Croisement interdit
Certaines plantes peuvent vous donner du fil à retordre car leur processus de reproduction implique naturellement un brassage génétique important. Les plantes aux fleurs mâles et femelles séparées, comme les courges et potirons, s’en remettent aux insectes pollinisateurs pour assurer leur descendance. Vous devez ne cultiver qu’une seule espèce, écartée de plusieurs dizaines de mètres d’une autre, ou alors jouer à l’abeille. Dans ce cas, il vous faudra prélever du pollen avec un pinceau propre et le déposer au cœur de la fleur femelle. Votre travail ne sera complet qu’après avoir protégé votre fécondation manuelle en enveloppant la fleur d’un sachet en papier ou de gaze pour éviter toute contamination externe. Le cas du maïs est plus sensible : il s’en remet au vent pour capter les grains de pollen qu’il disperse au bout de ses tiges et qui peuvent parcourir plusieurs centaines de mètres. Il est impératif de ne cultiver qu’une seule variété et surtout à très grande distance des champs.

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Le ramassage des graines assurant les prochaines cultures a cédé la place à l’achat de sachets hermétiques au supermarché. Or, ces semences industrialisées coûtent cher, subissent des traitements, sont issues de croisements. Les nouvelles variétés obéissent à la loi de la productivité qui privilégie la quantité et l’aspect au détriment du goût. Derrière la mise en rayon constante de nouveaux noms «déposés» se cache la disparition des espèces traditionnelles. Le jardinier a la possibilité de devenir un conservateur d’espèces vouées à disparaître. Consacrer une maigre partie de sa récolte à la fructification et au ramassage des graines devient une nécessité.